Le 14ème Prince de Vélacian, 2ème partie
    Par Ilusenthar, créé le : 2014-11-21 16:44:00
    et modifié la dernière fois le : 2014-11-23 22:39:35

    Poursuivons à présent notre série de récits sur Vélacian et son réseau d'académies. La dernière fois, nous avions laissé Suan'voj, l'aénol, à ses intentions meurtrières dans l'antichambre du prince. La suite de cette histoire va vous permettre d'en apprendre plus sur son contexte historique et une partie des grands changements qui ont eu lieu entre l'ère sombre et l'ère de la kréha, qui étaient les deux dernières grandes périodes avant l'époque contemporaine. Les civilisations d'Eastaria sortaient d'une période dominée par les sbires de la destruction, des armées dominatrices aux noirs desseins. Dans les grandes lignes, tous pensaient avoir été libérés du terrible joug des adémonians, créatures impies œuvrant à exterminer les peuples libres. Cependant les civilisations survivantes vécurent seulement pour constater la montée en puissance de leurs libérateurs, du règne des êtres artificiels : la Kréha.

    Cette explication peut se révéler importante car Vélacian, haut lieu de la maîtrise du Tirin, risqua d'être coupée de sa source de pouvoir par la kréha. Les armées de machines conscientes, menées par les Mères des interdits, des intelligences artificielles autonomes, n'eurent de cesse que d'étendre leur emprise sur le monde physique et de le libérer de ce qu'ils considéraient comme une souillure : en coupant les liens entre Eastaria et Unmarilié, source du tirin si précieux pour les prodiges vélacians.

    Maintenant que nous avons précisé cet élément chronologique, revenons à notre histoire ... .


    "La porte menant aux appartements du prince Nuran'we ne s'ébranlait toujours pas. Aucun changement n'était venu troubler Suan'voj dans son interminable attente. Il se sentait de plus en plus prisonnier de cette pièce. Son inquiétude grandissait et les questions commençaient à se succéder dans son esprit. Avait-il été imprudent ? Le prince se doutait-il de quelques chose ? Non c'était impossible, la prudence dont il avait fait preuve était infaillible, Suan'voj ne devait pas céder à la panique, pas maintenant. Pour se calmer, l'aénol fit quelques mouvements pour préparer ses articulations et se replongea une fois de plus dans ses pensées. Sa détermination était inflexible, il la tenait de sa rage, de sa colère envers la parjure de son frère qui était devenu le grand maître de Vélacian, celui qui avait oublié ses promesses d’antan.

    Alors qu'il tentait de se calmer, tel un fauve en cage, Suan'voj commença à refaire un nouveau tour des peintures qui ornaient l'antichambre du prince. Toutes ces histoires antiques retraçant des épopées héroïques et des moments tragiques. Observer ces toiles le fit lentement replonger dans ses souvenirs, vers son enfance avec Nuran'we, avec les siens. Suan'voj éprouvait toujours cette sensation amère quand il repensait à ces moments. Son passé avait aujourd'hui le goût du plus vil des poisons, empli de souvenirs trop doux remplacé par une froide et lugubre réalité.

    Nuran'we et Suan'voj avaient tous les deux prit corps dans les nuages de poussière ceinturant la géante gazeuse Priashyn. Ventre nourricier des aénols de ce secteur, cette planète avait vu naître depuis des millions d'années leurs ancêtres et elle avait assisté à toutes leurs heures de gloire. Suan'voj se rappelait de la complicité qu'il avait avec son frère. Leurs semblabes aénols les avaient guidés sur la voie de la conscience rynique et de leurs premiers enseignements au contact des autres peuples libres. C'était un temps pour apprendre, où ils se souciaient de ceux qui les entouraient. Une époque si différente de sa vie actuelle. Son frère aîné, Nuran'we, avait rapidement pris une place importante au sein de son clan. Une confiance accordé par tout un clan, et que ce dernier leur ferait payer à tous par la suite.

    Rien qu'en y repensant, Suan'voj se sentait comme poussé par une force irrésistible, celle de déchaîner ses pouvoirs contre la porte qui le maintenait prisonnier de ce lieu. Foncer tête baissée dans les appartements du Prince, de celui qui représentait un modèle pour lui et qui avait fait de sa vie un enfer.
    L'aénol contint sa rage une fois de plus et s'arrêta devant l'une des peintures, c'était celle qui lui parlait le plus, qui lui permettait de focaliser sa haine. Elle rendait hommage à la fondation de Tirin'fell, la reine des étoiles bleues. Entourant l'astre, on y voyait une cité-barrière, un édifice titanesque construit par des générations d'éternels pour protéger l'étoile. Cela lui rappela ses premières aventures, quand lui et Nuran'we prirent part à la participation des Nefistides aénoles, les cités stellaires de leur peuple. Ces bastions protégeaient eux aussi une étoile, leur puits tirinique : Egwen'fell.

    Tout d'un coup le silence se rompit dans la pièce et un déclic bien distinct mit fin à la rêverie de Suan'voj. L'aénol tourna la tête vers la porte : les quartiers du prince s'ouvraient à lui, enfin ! Portant son regard vers ce nouveau passage, il tenta d'y déceler toute information utile pour ses prochaines actions. Mais étrangement, alors qu'il s'attendait à découvrir des appartements luxueux baignés de lumière, dignes du monarque de Vélacian, il fut seulement marqué par l'obscurité qui restait tapie face à lui.

    La porte s'était ouverte par un système de vérins. Derrière elle : personne. Aucun garde. C'était plutôt bon signe. Cela pouvait accréditer les rumeurs affirmant que le prince serait seul pour cette entrevue. En y repensait, Suan'voj fut choqué d'envisager cela comme une réalité, par le fait de faire preuve d'autant d'assurance. Le prince était-il toujours aussi sûr de la loyauté de tous ses subalternes ? Quel pauvre fou ! Nuran'we avait donc finalement succombé à la même vanité que ceux qu'il s'était juré de combattre.

    Suan'voj était bien placé pour savoir que bon nombre de prodiges voulaient assister à la chute de ce régent. Le Haut conseil de Vélacian lui disputait déjà son influence, et beaucoup parmi les séides soumis de Suan'voj, ainsi que parmi ses alliés de circonstance, avaient ouvertement affirmé vouloir un changement de pouvoir. A croire que la galaxie regorgeait de déçus, d'ambitieux et de vengeurs, tous rassemblés par la même condamnation des actes de Vélacian et du prince Nuran'we. Mais parmi eux, Suan'voj s'était discrètement assuré de pouvoir exécuter la sentence en personne. Armé de son courage, il avança d'un pas méfiant vers la porte. Ses sens étaient en éveil, préparés à sa prochaine rencontre avec son frère.

    Il était difficile de distinguer quoique ce soit dans le passage face à lui. Le contraste entre la lumière de l'antichambre et ce qu'il y avait au delà de l'ouverture était trop important. Suan'voj jeta rapidement un regard tout autour de lui, se sentant soudainement menacé. L'hésitation commençait à le gagner alors qu'il approchait de la pénombre de ce couloir, car ce n'était définitivement pas les appartements princiers vers lesquels il s'avançait.

    Alors que ses pensées s'enchaînaient à toute vitesse, tentant de comprendre ce qui l'attendait, Suan'voj repensa à ce qu'il avait longtemps espéré : une confrontation ouverte avec son frère, pour avoir enfin des explications, une réponse, peut être même une expiation. Mais Suan'voj se reprit, ce souhait était futile et il le savait, ce n'était qu'un désir naïf dicté par sa déception et un passé autrefois chéri, aujourd'hui détruit à jamais.

    Chassant cette pensée, il vérifia l'absence de piège au moment de passer la porte et marqua un temps d'arrêt, cherchant une source de lumière suffisante et le temps que ses yeux s'habituent à l'obscurité. Était-ce là l'antre de ce qu'était devenu son frère ? Avant de devenir ce prince muré dans ses convictions et ayant fait tant de mal aux siens, Nuran'we était un idéaliste, ayant reçu un don pour les arts tiriniques. Il avait bien entendu été repéré par Vélacian et ses académies lors de ses voyages. Très rapidement, Nuran'we s'était plongé dans les études, l'expérimentation, et ceci tout en assurant son devoir de gardien de la Néfistide, en tant qu'aénol, comme Suan'voj. Nuran'we utilisait son nouveau savoir, la maîtrise du tirin, pour protéger les siens, et ne jurait que par la défense de leur héritage culturel et de ce secteur galactique qui leur permettait de vivre. Dans cette partie du monde physique, Eastaria, les civilisations locales avaient trouvé un équilibre, partageant les ressources et préservant autant que possible la paix . Mais pendant ce temps, depuis les confins de l'univers et jusqu'aux systèmes voisins, la barbarie se répandait.

    La réouverture des routes de navigation après la fin de l'ère Sombre n'avait finalement pas apporté que les espoirs promis. Les aénols gravitant autour de Priashyn inondaient auparavant leurs voisins de leur savoir et de leur bienveillance. Ils eurent cependant à prendre les armes pour protéger leurs alliés de nouveaux dangers, des raids de pirates, de menaces xénomorphes et des ambitions des nouveaux empires émergeant. Pendant ce temps, les armées machines de la Kréha*, rampant de planètes en planètes, repoussaient toujours plus loin les peuples libres de leur nouvel empire. Dans ce contexte torturé, les peuples craignaient pour leur sort, et les aénols assuraient avec fougue la protection de leur étoile, Egwen'fell. Cette tâche incombait à leur clan depuis la nuit des temps, depuis le Dogme de l'Existence auquel leurs ancêtres avaient juré obéïssance. Nuran'we et Suan'voj s'étaient engagés à protéger cet astre prodigieux, au service des Nefistides. Même si Egwen'fell n'était qu'une étoile bleutée de troisième catégorie, elle était sacrée à leurs yeux. Et en ce temps, Nuran'we représentait l'un des meilleurs protecteurs de cet héritage et incarnait une nouvelle génération de héros pour son peuple, tel était son potentiel : rendre espoir à ceux qui doutaient.

    Ses yeux commençaient à entrevoir ce qui se tenait face à lui. Il faisait très chaud, il ne sentait aucun courant d'air. Tout ceci était tellement improbable ! Était-il en train de rêver ? Était-ce une illusion ou une technique mentale ? Il pouvait désormais entrevoir les murs de ce corridor, ils étaient fait de roche brute et des reflets cristallins répercutaient faiblement la lumière provenant de l'antichambre, lui donnant une couleur rougeâtre. Quel endroit étrange, allait-il seulement voir le prince ? Ou était-ce là un vil traquenard ? De toute façon il fallait en avoir le cœur net. Suan'voj avança dans l'obscurité et ce qui ressemblait de plus en plus à l'intérieur d'une grotte.

    Tout en se rapprochant de la source de sa haine. Les mots de son frère semblaient murmurer dans son esprit, de plus en plus fort, comme amplifiés par l'écho de ses pas.

    - "Fais moi confiance, je resterai toujours fidèle à notre peuple. Vélacian entendra raison" avait dit Nuran'we avant de partir pour Vélacian
    - "Et s'ils ne veulent pas entendre raison ? Reviendras tu ?" lui avait demandé Suan'voj il y a de cela plus de trente ans
    - "Ne t'en fais pas, petit frère. Je ne plierai pas devant eux et notre cause est juste. Ils écouteront, ou alors je m'arrangerai pour obtenir une position influente et ainsi les faire céder de l'intérieur. Nous nous reverrons bientôt."

    C'était là leur dernier échange, avant cette absence bien trop longue où Nuran'we avait rejoint Vélacian et progressé dans leurs rangs. Pendant ce temps, Priashyn fut assiégé et espéra des renforts pour défendre Egwen'fell. Le temps passa et les rangs aénols s'épuisèrent, les dissensions apparurent là où l'équilibre avait régné. Nuran'we avait promis de convaincre Vélacian de protéger cette source de Tirin, de la reconnaître comme un protectorat ce qui aurait sauvé leur système natal. Un bel espoir, de belles promesses. Nuran'we n'avait pu faire plier l'académie, et n'était pas non plus revenu vers les siens. Les nouvelles se firent très rares jusqu'à n'être plus qu'inexistantes. Le système de Priashyn tomba finalement dans les mains des esclavagistes ... huit mois après l'accession de Nuran'we au titre de prince de Vélacian. Il les avait abandonnés, il avait laissé les siens être massacrés, asservis alors qu'il avait atteint le contrôle des armées prodiges. Il avait obtenu le pouvoir qu'il avait promis à son jeune frère, mais n'en avait pas fait usage. Pire même, car peu après la déroute et la perte des Néfistides aénoles, Nuran'we avait accordé aux geôliers carcanes ayant asservi leur peuple, une toute nouvelle technologie qu'il avait lui même conçu : permettant à ces voleurs de transformer Egwen'fell, de la faire gonfler pour en exploiter davantage de tirin, et ainsi profaner un peu plus l'héritage des siens. Il n'y avait nul doute possible sur l'origine de cette technologie, Suan'voj connaissait les travaux de son frère et Nuran'we avait identifié et mis au jour le procédé et le risque d'altération des petits puits ryniques. Il voulait utiliser ce savoir pour faire comprendre à Vélacian l'importance qui devait être donnée à la protection d'Egwen'fell. Mais le nouveau prince avait finalement appliqué lui même la sentence qu'il redoutait autrefois pour son peuple. Impardonnable, rien ne pouvait justifier un tel renoncement et une telle trahison.

    A force de progresser dans le passage, Suan'voj remarqua une lumière qui s'intensifiait alors que le couloir tournait sur sa gauche. Le passage s'ouvrait et donnait sur une large pièce. Nimbé d'éclat projetés par ces cristaux rougeâtres, le trône princier était face à lui, surmonté par une gigantesque formation cristalline. Et le prince Nuran'we était là, seul, et il souriait à l'approche de son assassin. "



    * (glossaire)


    Carcane : Civilisation/clade de kantrel (peuple mortel) ressemblant à des sauriens à six membres (quatre postérieurs et deux antérieurs). Originaires des Mortes glaces, ces formations glacées titanesques représentant une barrière stellaire antique, les carcanes sont des êtres brutaux et dont les civilisations sont le plus souvent barbares.

    Dogme :On désigne en général par l'appelation abrégée de "Dogme" le "Dogme de l'existence", celui édifié par les Ryns au début des temps pour séparer le royaume matériel (Eastaria) de celui éthéré (Unmarilié). Ce dogme exige, entre autres, que les êtres de chaque royaume ne doivent pas franchir les frontières de leur univers et doivent autant que possible protéger les passages permettant de les relier.

    Kréha: désigne un clade artificiel de machines ayant acquis leur indépendance et leur autonomie vis à vis des peuples vivants. La kréha est apparue pour la deuxième fois à la fin de l'ère sombre et elle mit fin au règne des adémonians. Son expansion prit des proportions incontrôlées depuis et jusqu'à l'ère contemporaine.


    Mes personnages

    Mes campagnes

    Favoris, mes listes

    Rechercher

    Assistant personnel

    Cliquez sur les icônes des objets qui vous intéressent afin d'en savoir davantage sur ce que vous êtes en train de consulter. L'assistant personnel vous permettra de très facilement naviguer entre les informations.

    Jeter les dés

    Cliquer sur les dés pour les jeter :
    Tous les dés
    D20 :
    ...
    D12 :
    ...
    D8 :
    ...